La Poule de Herve

Les éleveurs amateurs ont à cœur de sélectionner des volailles résistantes aux maladies. En général, on ne distribue pas d’antibiotiques préventivement, mais uniquement de manière curative, si plusieurs sujets sont atteints. En cas de sujet isolé malade, celui-ci sera sacrifié.

 

L’article ci-dessous a été rédigé par le Dr vétérinaire Thierry DETOBEL, spécialiste des volailles, en décembre 2005. Il fait le point sur la majorité des maladies que l’on peut rencontrer chez nos volailles, ainsi que sur les vaccins que l’on peut utiliser pour s’en prémunir.

 

A propos de la vaccination de nos volailles de sport et d’agrément

 

La demande étant forte, je finis par y répondre pour proposer un schéma de vaccination accessible aux petits éleveurs. Malheureusement la plupart de ces vaccins ne sont fabriqués qu’en conditionnement de 1000 doses (voire 10 x 1000 doses !). Certains groupements, notamment en France, tentent de convaincre les firmes pharmaceutiques de fabriquer des plus petits conditionnements. Ces initiatives sont à encourager … de façon à aider à maintenir la biodiversité qui caractérise nos races de volailles en leur assurant une protection identique à celle des volailles «  industrielles. Une autre alternative pour les petits éleveurs consiste à se regrouper à plusieurs pour acheter les vaccins et à vacciner leur cheptel ensemble le même jour.

 

La plupart des maladies des volailles sont assez agressives voire mortelles et l’unique moyen de s’en protéger est la vaccination préventive. De plus, la participation à des expositions représente un risque énorme pour nos petits protégés qui se retrouvent dans un environnement confiné et rencontrent des agents pathogènes pour lesquels ils ne sont pas immunisés. Ces conditions inhabituelles engendrent également un stress (thermique par exemple …) qui augmente encore la réceptivité aux maladies principalement respiratoires.

 

Tout cela fait que le petit éleveur regarde parfois son champion d’exposition avec une légère anxiété en se demandant s’il aura la chance de voir cet animal se reproduire l’année suivante… . Il n’existe pas de méthode infaillible mais des pistes à méditer pour assurer à nos volailles l’avenir qu’elles méritent. Même si l’on sait que la « vie » est une « maladie » toujours mortelle un jour ou l’autre … .

 

Nous allons envisager les principales affections une par une et pour terminer, proposer un schéma global de vaccination. Notons déjà que tous les vaccins doivent être conservés au frigo : température de 4° C.

 

ü  La Pseudo-Peste Aviaire (Maladie de Newcastel : virus).

o   C’est la seule maladie pour laquelle la vaccination est obligatoire avant de participer à une exposition. Vaccin: Nobilis Newcavac (Intervet). La vaccination s’effectue par injection sous-cutanée au moyen d’un vaccin huileux inactivé (0,5 ml par animal. Ce vaccin doit être maintenu au frigo et ramené à température ambiante 2 à 4 heures avant l’emploi. Ce vaccin est déjà prêt à l’emploi au départ et peut donc se conserver à condition de respecter des règles strictes d’hygiène lors du prélèvement (voir date de péremption !).

o   Il n’est pas seulement souhaitable de rencontrer des obligations légales mais surtout de protéger son cheptel contre un danger qui plane en permanence.

o   Il existe un vaccin combiné, Maladie de Newcastel-bronchite infectieuse (Nobilis IB Multi + ND (Intervet) flacon de 1000 doses : 500 ml). Ce vaccin rencontre également les obligations légales et est donc à conseiller …

 

ü  La Maladie de Marek (virus) : elle présente :

o   Une forme nerveuse entraînant de la paralysie des pattes ou des ailes, une atteinte du nerf vague (paralysie ou indigestion du jabot), une infiltration de l’iris (œil irrégulier.

o   Une forme viscérale : tumeur de différents organes (ovaires, foie, reins, tube digestif)

o   Cette maladie peut apparaître vers 7 – 8 semaines mais présente son maximum de dégâts vers 16 à 20 semaines. Certaines races sont particulièrement sensibles ( ex : Barbus Belges )

o   Vaccins Nobilis Marek THV (intervet). Idéalement, vaccination le 1° jour de vie mais il semble que l’on puisse l’utiliser avec succès sur des poussins jusqu’à l’âge de 3 semaines de façon à grouper un peu plus les lots (0,2 cc par injection intra-musculaire dans la cuisse).

 

ü  La Coccidiose (protozoaire : eimeria)

o   Les poussins sont surtout sensibles vers l’âge de 6 à 10 semaines. Ils présentent alors une diarrhée souvent hémorragique qui entraîne de la déshydratation. Cette maladie tue encore énormément de poussins chaque année. Il existe un vaccin: PARACOX (Shering-Plough Animal Health). Ce vaccin assure une immunisation pendant 36 semaines. Il faut l’administrer par voie orale dans l’eau de boisson (0,1 ml par poussin) entre le 5° et le 9° jour de vie. Il suffit de l’administrer dans une petite quantité d’eau de boisson après avoir enlever les abreuvoirs des poussins pendant 2 heures de façon à les assoiffer. Dès que les poussins ont tout bu, on reprend l’abreuvement normal. Ce vaccin est vendu par mille doses mais il est possible de prélever proprement la quantité nécessaire à chaque fois (bien le mélanger) pour vacciner les différents lots successifs au bon moment. Attention, car une vaccination en dehors de la tranche 5°-9° jour ne donne pas le résultat escompté !

 

ü  La Bronchite infectieuse (BI : virus)

o   Ce virus possède un tropisme pour l’appareil respiratoire, l’appareil génital et certaines souches pour l’appareil rénal. On observe chez les jeunes des symptômes respiratoires. Cela peut être le point de départ de la maladie respiratoire chronique en cas de complications bactériennes (Coli, Mycoplasme). La mortalité est faible mais peut atteindre 10 à 15 %. Chez les adultes, il y a peu de symptômes mais une chute de ponte importante et parfois des altérations de la structure de la coquille (certains éleveurs observent fréquemment des œufs à la forme et à la structure imparfaite). Ce virus est dangereux pour les futurs reproducteurs car les atteintes de la sphère génitale (ovaire, oviducte) sont graves et ces poules ne pondront pas ou très peu.

o   On dispose de vaccins vivants atténués :

§  Nobilis IB H 120 (Intervet)

§  Nobilis IB MA (Intervet). Il s’agit d’une souche clonée qui donne une protection plus large.

Diluer le vaccin (1000 doses) dans 50 ml de sérum physiologique à température ambiante et mettre une goutte dans l’œil de chaque sujet au moyen d’un compte goutte.

o   Une protection optimale sera assurée par 2 vaccinations à intervalle de 6 semaines. Il est clair que la 2° vaccination peut être faite avec le vaccin combiné Newcastel-Bronchite infectieuse. Mais la 1° vaccination doit être faite avec le vaccin vivant ! Attention, il existe également un vaccin H 52 beaucoup moins atténué et beaucoup plus agressif. Il est à proscrire en petit élevage !

 

ü  La Laryngotrachéite infectieuse aviaire (LTI : virus)

o   Tout comme la BI, cette maladie est régulièrement observée dans nos cheptels. Il s’agit d’un virus de type Herpès qui à le désavantage d’induire souvent un phénomène de portage. En clair, certains sujets peuvent rester porteurs et même s’ils sont vaccinés ou guéris d’une infection antérieure, ces animaux restent potentiellement dangereux pour les autres. Ceci explique que dans certains élevages, la catastrophe se renouvelle chaque année ! La période d’incubation est de 6 à 12 jours après l’exposition naturelle au virus.

o   Quels sont les signes ? Le plus souvent on observe pour commencer un larmoiement oculaire et une certaine apathie. Ensuite de la conjonctivite, parfois hémorragique ainsi qu’un gonflement des sinus infraorbitaux. Les animaux gardent le plus souvent un œil ou les 2 fermés. Finalement, les lésions respiratoires s’installent et on observe alors du jetage nasal, de la toux, des râles et de la dépression. Les volailles atteintes expectorent du mucus sanguinolent durant les quintes de toux. La meilleure façon de repérer les animaux malades est de se rendre dans le poulailler le soir et d’écouter les râles et les éternuements…

o   Il existe une forme aiguë et une forme subaiguë de la maladie. En général, toutes les volailles finissent par déclarer la maladie en 5 jours à 6 semaines selon la promiscuité des animaux. La mortalité varie de 10 à 70 %.

o   A l’autopsie, le larynx et la trachée sont encombrés de mucus et de caillots de sang. De véritables «  bouchons » peuvent ainsi obstruer la trachée et provoquer la mort par asphyxie.

o   Le diagnostic de cette maladie repose sur l’isolement du virus en laboratoire à partir de la Trachée.

o   Il s’agit d’une maladie à déclaration obligatoire à l’AFSCA mais ceci est cependant sans trop de conséquence pour l’éleveur car on lève le foyer 1 mois après la disparition des symptômes et les animaux survivants ne sont pas abattus.

o   Vaccin : Nobilis ILT (Intervet). On reconstitue le vaccin lyophilisé à l’aide du solvant fourni et on laisse tomber une goutte dans l’œil de chaque volaille. Il faut toujours utiliser le vaccin à température ambiante de façon à éviter l’apparition de conjonctivite. Ce vaccin étant vivant, il y a malgré tout une légère réaction vaccinale, toutefois sans gravité pour autant que les animaux soient en bonne santé au moment de l’administration.

o   Cette vaccination sera réalisée idéalement 4 à 6 semaines avant la première exposition.

 

ü  La variole aviaire (virus) : cette maladie présente 2 formes.

§  Forme cutanée : apparition de «  verrues » au niveau de la crête, des barbillons et des paupières

§  Forme diphtéroïde : les muqueuses bucopharyngiènnes se couvrent de placards jaunâtres très adhérents.

o   La maladie évolue en 2 à 3 semaines puis les lésions se dessèchent et cicatrisent. La mortalité est faible sauf complication.

o   Vaccin : Nobilis OVO-DIPHTHERIN. On enlève quelques plumes au niveau de la membrane de l’aile et on la perce à l’aide du « vaccinostyle » fourni (préalablement trempé dans la solution vaccinale reconstituée). On peut contrôler la réaction au vaccin après 6 à 8 jours (nodule de la taille d’un petit pois qui disparaît assez rapidement)

 

ü  Le Complexe Respiratoire Chronique

o   Il s’agit de problèmes respiratoires à évolution lente et insidieuse. Ce complexe est du à l’action combinée de plusieurs agents pathogènes (mycoplasmes au départ compliqués ensuite par d’autres :

§  Virus : bronchite infectieuse, …

§  Bactéries : mannheimia, …

o   Les mycoplasmes sont donc des germes en quête de stress. Leur action favorisant l’implantation d’autres agents pathogènes.

o   La transmission de la maladie se fait déjà par l’œuf et les poussins naissent infectés. On peut essayer de « blanchir » ces poussins en les mettant sous antibiotiques pendant les 3 premiers jours de leur vie mais le résultat est incertain.

o   Il existe un nouveau vaccin disponible maintenant en Belgique : POULVAC MG (Fort Dodge Santé Animal). Il s’agit d’un vaccin tué et adjuvé prêt à l’emploi. Flacon de 1000 doses. Une dose de 0,5 ml par injection sous cutanée dans le cou ou intramusculaire dans la cuisse. A partit de 14 semaines d’âge, 2 injections à 4 semaines d’intervalle. Cette vaccination plus tardive permet de ne vacciner que les sujets d’avenir dans notre élevage. En outre le problème de maladie respiratoire chronique apparaît rarement avant fin Août et souvent juste avant le début de la ponte des futures reproductrices.

 

 

Un bon schéma de vaccination pour le petit élevage.

Il s’agit d’un schéma de vaccination pour des animaux nés dans le courant du mois d’avril et en supposant que l’éleveur n’expose pas avant le 1° octobre. Si les dates d’éclosion changent, il suffit de décaler ce schéma dans un sens ou l’autre dans le temps.

o   Entre le premier jour et l’âge de 3 semaines : Vaccination MAREK

o   Entre le 5° et le 9° jour : Vaccination COCCIDIOSE

o   Environ du 1° Août : le même jour : vaccination MYCOPLASME (injection) + BRONCHITE INFECTIEUSE (vaccin vivant dans l’œil) + VARIOLE (perforation de la membrane alaire).

o   Environ du 1° septembre : le même jour : LTI (gouttes oculaires) + MYCOPLASME (injection de rappel).

o   Environ du 15 septembre : BRONCHITE INFECTIEUSE + MALADIE NEWCASTEL (vaccin combiné injectable).

 

 

En conclusion, mieux vaut prévenir que guérir !