La Poule de Herve

 

La Herve fait partie des plus anciennes races de notre terroir. Elle est connue sur le Plateau depuis des temps immémoriaux. Plus d’un historien local la mentionne dans ses écrits en la décrivant comme « li neure poie dè paï » (la poule noire du pays) à l’oreillon rouge et à la queue en éventail.

A l’origine, on la trouvait principalement dans tout le Pays de Herve, c-à-d dans la partie de la Province de Liège entre Meuse et Vesdre, mais aussi dans une partie de la Basse-Meuse. Il semble que la Herve ait également franchi la frontière des Pays-Bas pour s’installer dans le Mergelland. Aussi, un club des éleveurs de la Herve/Mergelland s’est constitué en 2007.

 

L’allure de la Herve est le résultat d’une pression de sélection exercée par les petits fermiers du Plateau qui recherchaient une volaille relativement autonome dans sa prise de nourriture et bonne pondeuse. En 1896, la « Société Nationale pour l’Amélioration de l’Aviculture en Belgique » adopte un premier standard de la race. Au début du XXème siècle, un certain Monsieur Weerts de Thimister, appelé plus tard le père de la Herve, contribue à propager et à améliorer la race, tant sur le plan utilitaire que sportif. Il fonde un club spécialisé.

La guerre 1914-1918 vient détruire en grande partie le cheptel existant. A l’aide de quelques sujets typiques conservés par Monsieur Weerts, la Herve reviendra très vite à la surface et, à l’exposition de l’Union Avicole de Liège de 1925, figurent à nouveau le nombre impressionnant de 149 poules de Herve.

Malgré les importations massives de volailles italiennes qui suivirent, la Herve semble tenir le coup sur le Plateau. Survient alors la seconde guerre mondiale qui va bien mettre à mal les populations d’animaux de ferme, ressource alimentaire précieuse.

 

Quelques bonnes souches sont conservées aussi bien par des amateurs que par la Station de Selection des Races belges de Herenthout. Nous la rencontrons encore régulièrement pendant quatre ou cinq ans aux expositions de l’après-guerre avant de disparaître complètement.

Le modèle productiviste américain s’impose au niveau agricole. Les volailles hybrides industrielles font leur apparition : bien meilleures pondeuses, et de plus, pondant des œufs bruns. Ce nouveau type de poules s’impose partout, au détriment des races locales héritées de la lente sélection de nos ancêtres. Les petites fermes disparaissent au profit de la spécialisation laitière qui demande de plus grosses infrastructures, si bien que l’on ne peut plus voir de poules dans nos fermes actuelles. Les particuliers préfèrent acheter des poulettes hybrides prêtes à pondre issues des poulaillers industriels, souvent du Nord du Pays. Ce faisant, le petit élevage familial perd son autonomie et dépend de l’agro-industrie.

 

Dans les années septante, certains éleveurs sportifs s’inquiètent de la disparition de notre volaille locale. Nous retiendrons le travail d’un éleveur et juge, Willy Lecoq qui, accompagnés d’autres éleveurs comme Robert Lequeux, Christian Mulders et Robert Cardols, a entrepris la reconstitution de la race, notamment à partir de poules ardennaises et de sujets croisés trouvés ça et là dans des cours de fermes.
Fin des années nonante, Jean Bauwens, de Charneux, a donné un coup de fouet à la population de Herve avec un élevage important et une bonne sélection. Il assure alors la dissémination de nombreux sujets aux quatre coins du Plateau.

Il en est aussi qui travaille dans l’ombre avec efficacité. Depuis plus de quarante ans, sans contact avec le milieu des expositions les premières années, Léon Demonceau est parvenu dans son coin de Jupille à maintenir et améliorer un petit cheptel. Son élevage a pour origine quelques sujets retrouvés dans une cour de ferme, hybridés avec des ardennaises, qui avaient pas mal de ressemblances avec la race d’origine. Une sélection minutieuse lui a permis d’obtenir d’excellents résultats.

Pour éviter la consanguinité, les éleveurs ont été amenés à introduire par croisement, des gènes de races très proches comme la Famennoise, l’Ardennaise, mais aussi de françaises très similaires comme la Cotentine et la Gasconne (race presque indissociable physiquement de notre Herve).

 

La variété noire est la plus répandue, mais la Herve existe aussi dans les variétés Mauheid (gris-bleu) et cotte de fer (coucou). Celles-ci avaient été obtenues au moyen de croisements pour obtenir des volailles plus fortes, plus lourdes et moins sauvages.

 


Tableau ayant appartenu à Monsieur Weerts, visible au musée de la fourche et de la vie rurale de Mortier.

 

 

Et aujourd’hui ?

 

La population de Herve est relativement stable. Toutefois, la survie de la race ne repose que sur quelques éleveurs passionnés. Le dynamisme de nos voisins du Mergelland assure une population supplémentaire intéressante http://www.mergellandhoen.nl/.

Il existe un Club des Eleveurs de la Poule de Herve dont le siège est Xhendelesse http://www.pouledeherve.nl/home. Les meilleures occasions pour voir des Herve sont la Foire Agricole de Battice, le premier week-end de septembre, et les concours provinciaux de petit élevage de Liège qui se déroulent au Hall de Criée de Battice-Herve fin novembre.

La Herve est bien adaptée pour un élevage amateur. Un coq et quelques poules sont le départ idéal d’un élevage familial. L’intérêt principal réside dans l’autonomie possible. On profite d’une poule qui couve pour élever quelques poussins. Les poulettes serviront à renouveler les pondeuses et les coquelets feront de délicieux poulets pour la casserole. Au bout de quelques années, on échange un coq avec un autre éleveur pour éviter les risques de consanguinité. Avec ce mode d’élevage, on est indépendant des élevages industriels qui produisent les poulettes pondeuses hybrides que l’on retrouve dans les filières traditionnelles. De plus, la Herve est relativement autonome pour trouver sa nourriture dans les prés environnants si on lui en laisse la liberté.

Il est important, pour la pérennité de la race, qu’un maximum d’amateurs se lance dans l’élevage, de manière à maintenir un pool génétique suffisant.

Les expositions de petit élevage regroupent les passionnés qui souhaitent comparer leurs sujets aux autres. Ces événements permettent de rencontrer d’autres éleveurs, favoriser les contacts et les échanges d’animaux. Il est bien entendu possible d’élever des Herve sans jamais participer à ce type de concours. Toutefois, ceux-ci sont essentiels pour assurer le maintien des caractéristiques de la race.

 

En résumé, la survie de la Herve passe par deux éléments interdépendants : un noyau dur d’éleveurs sélectionneurs qui participent aux expositions et une population, la plus importante possible d’animaux répartis chez des éleveurs amateurs.